Boerenzij (du côté rural)

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Boerenzij (du côté rural)

Le 25 Fév 2023
Sabots réalisés par Kees Biesbroek dans Boerenzij de Wapke Feenstra, créé à Rotterdam en 2019. Photo Wapke Feenstra.
Sabots réalisés par Kees Biesbroek dans Boerenzij de Wapke Feenstra, créé à Rotterdam en 2019. Photo Wapke Feenstra.

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Sabots réalisés par Kees Biesbroek dans Boerenzij de Wapke Feenstra, créé à Rotterdam en 2019. Photo Wapke Feenstra.
Article publié pour le numéro
Couverture du numéro 148 - Arts vivants. Cirque marionnette espace public - Alternatives Théâtrales
148

Longtemps, le terme « Boeren­z­ij » fut util­isé de manière désoblig­eante pour désign­er les tra­vailleurs migrants ruraux et leurs familles installé·e·s dans les quartiers et sur d’anciennes ter­res agri­coles près des ports de Rot­ter­dam, sur la rive sud de la Meuse. Beau­coup venaient de très loin, lais­sant der­rière elles et eux les com­mu­nautés et les modes de vie ruraux. Ce sont les Rotterdammois·e·s du nord de la Meuse qui les appelaient « boeren » (paysan·ne·s). Quand j’ai démé­nagé à Rot­ter­dam en 1992 et que je me suis instal­lée sur la rive sud, les gens m’ont dit que j’habitais à Boeren­z­ij. Excel­lent, pen­sais-je à l’époque, et aujourd’hui, trente ans plus tard, j’y vis tou­jours.

Ville por­tu­aire

À par­tir de la fin du XIXe siè­cle, la ville et le port de Rot­ter­dam annex­ent de plus en plus de pold­ers et de vil­lages. Lente­ment mais sûre­ment, des rési­dences de plus en plus cos­sues, des restau­rants et lieux de loisir appa­rais­sent sur la rive sud. Pen­dant ce temps, la migra­tion con­tin­ue ; de nos jours, les quartiers anciens et nou­veaux con­tin­u­ent à attir­er les nouveaux.elles arrivant·e·s. Certain·e·s vien­nent tra­vailler dans les ser­res ou le secteur du bâti­ment, d’autres vien­nent étudi­er ou vivre dans un lieu sans guerre, d’autres encore veu­lent un nou­veau pent­house avec une vue panoramique sur les quais. Depuis des décen­nies, dans ce con­texte, la gen­tri­fi­ca­tion est par­ti­c­ulière­ment vis­i­ble autour de Rijn­haven et sur Katen­drecht. Des tours d’immeubles conçues par d’éminents archi­tectes domi­nent les entre­pôts con­ver­tis où le tabac et d’autres pro­duits colo­ni­aux étaient stock­és dans le passé, et qui ont main­tenant été désignés comme sites du pat­ri­moine indus­triel. La coloni­sa­tion, la mon­di­al­i­sa­tion et la migra­tion sont au cœur de Rot­ter­dam et de son port inter­na­tion­al. Le pro­jet d’art Boeren­z­ij n’a cepen­dant pas été conçu comme un doc­u­ment local mais plutôt, à l’instar de Wal­ter Ben­jamin lorsqu’il com­pare la micro­analyse à un cristal, comme l’exposition de la struc­ture d’une dynamique plus grande en se con­cen­trant sur un seul moment. Boeren­z­ij nous met au défi de repenser la cul­ture urbaine. Pourquoi les agriculteur·ice·s locaux.ales sont-iels censé·e·s aban­don­ner leurs ter­res pour faire place à l’urbanisation et pourquoi les nouveaux.elles arrivant·e·s sont-iels implicite­ment censé·e·s laiss­er der­rière elles et eux leurs con­nais­sances et leur cul­ture rurales ? Le temps est venu pour la cul­ture rurale de retrou­ver une place dans la ville et de con­tribuer à la con­struc­tion d’un avenir col­lec­tif. D’autres formes de con­nais­sances engen­dreront un ensem­ble révisé de valeurs et de nou­velles façons de voir. Car le fait que pour la pre­mière fois dans l’Histoire, la pop­u­la­tion urbaine dépasse la pop­u­la­tion rurale ne sig­ni­fie pas néces­saire­ment que l’urbanisation a pré­valu. Sou­vent, la migra­tion rurale n’est qu’une des nom­breuses con­séquences de l’utilisation des ter­res et de la géopoli­tique.

L’art dans la ville

La trans­for­ma­tion de mon quarti­er de « périphérie urbaine » en « par­tie du cen­tre » génère des change­ments rapi­des de per­spec­tive et mod­i­fie la dynamique de la cul­ture informelle et insti­tu­tion­nal­isée. Au Kop van Zuid, nous voyons de plus en plus d’instituts d’art et d’activités cul­turelles et de loisirs. L’art est con­sid­éré comme faisant par­tie inté­grante des nou­velles économies postin­dus­trielles. Ain­si, l’idée que l’art ren­forcerait économique­ment les villes a com­mencé à pren­dre racine au cours des trois dernières décen­nies. Cela ne m’a pas sur­prise, car le mod­èle artis­tique selon lequel j’ai été for­mée aux Pays-Bas dans les années 1980 asso­cie presque automa­tique­ment la haute cul­ture aux modes de vie urbains et occi­den­taux. C’était telle­ment évi­dent que per­son­ne n’a même pris la peine de le met­tre en mots. Le monde de l’art au milieu des années 1980 était un bas­tion de longue date, enrac­iné et mas­culin. Puis vint la chute du mur de Berlin et la mon­di­al­i­sa­tion s’accéléra. Cela a ren­du les années 1990 plus hétérogènes et j’ai enten­du de nou­velles voix de mon­des incon­nus, mais même alors, l’instrumentalisation de l’art et des travailleur·euse·s de l’art et la demande inat­taquable d’une mono­cul­ture étaient à l’affût.

Cepen­dant, le fait demeure qu’aux Pays-Bas et à Rot­ter­dam, des groupes de plus en plus larges de créatif·ve·s tra­vail­lent dans des zones urbaines nou­velles et établies, ce qui est très bon pour la couche d’humus et la qual­ité de vie dans la ville. Mais com­ment nour­rir cette couche d’humus si la haute cul­ture, fidèle à la tra­di­tion, con­tin­ue de l’étouffer ? Qui aura son mot à dire ? Qui a une voix ? Com­ment quelque chose comme une cul­ture rurale partagée avec les nom­breux con­textes et lan­gages, visuels et autres, peut-elle acquérir une valeur durable dans la cul­ture urbaine con­tem­po­raine désor­mais dom­i­nante ?

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Wapke Feenstra
L’artiste néerlandaise Wapke Feenstra explore l’environnement physique et mental direct en puisant dans les connaissances...Plus d'info
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