Nature-Matériau dans Europeras I & II et Everything that happened and would happen de Heiner Goebbels

Opéra
Critique
Réflexion

Nature-Matériau dans Europeras I & II et Everything that happened and would happen de Heiner Goebbels

Le 9 Sep 2021
Europeras I & II de John Cage, mise en scène de Heiner Goebbels, Bochum, 2012. Photo Wonge Bergmann.
Europeras I & II de John Cage, mise en scène de Heiner Goebbels, Bochum, 2012. Photo Wonge Bergmann.

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Europeras I & II de John Cage, mise en scène de Heiner Goebbels, Bochum, 2012. Photo Wonge Bergmann.
Europeras I & II de John Cage, mise en scène de Heiner Goebbels, Bochum, 2012. Photo Wonge Bergmann.
Article publié pour le numéro
Couverture du numéro 144-145 - Opéra et écologie(s)
144 – 145

Alors que la pen­sée écologique a mis en crise l’idée de nature autonome au prof­it de sa pro­duc­tion et son altéra­tion par les vivants, deux spec­ta­cles impor­tants de Hein­er Goebbels, Eur­op­eras I & II1 et Every­thing that hap­pened and would hap­pen2 recourent, avec six ans d’écart, aux mêmes décors de nature, accu­sant d’une bas­cule du regard : celle d’une représen­ta­tion cri­tique de la nature comme arti­fice, vers un proces­sus con­tinu d’agencement de ses frag­ments, sug­gérant les enchevêtrements et les rela­tions com­plex­es inter-espèces qui la pro­duisent.

L’envers du décor de nature

Les Eur­op­eras I & II de John Cage sont des méta-opéras où la par­ti­tion et le livret ont été substi­tués par un principe de hasard, inspiré de la table de div­ina­tion chi­noise I Ching et simulé par un logi­ciel3, qui choisit un morceau du réper­toire, sa durée d’exécution et son place­ment dans l’espace quadrillé en 64 zones. Dans une mise en scène de 2012, Hein­er Goebbels et le scéno­graphe Klaus Grün­berg ont éten­du cette con­trainte au choix des cos­tumes, des décors et de la lumière si bien que l’on pour­rait enten­dre une sopra­no chanter une aria de Gluck, sur fond d’une toile reprenant « La Boc­ca dell’Inferno4 », pen­dant qu’un vio­lon joue La Bohème. Ain­si tous les opéras et leur his­toire scéno­graphique se retrou­vent sec­tion­nés en par­ties et assem­blés au hasard. Un tel ren­verse­ment de la struc­ture se dou­ble d’une prise de dis­tance envers la mise en scène comme geste fédéra­teur du sens selon l’intention per­son­nelle de l’artiste.

Du point de vue scéno­graphique, la « Nature » est sur­représen­tée par des toiles reprenant les arbres des tableaux de Poussin, notam­ment de l’Italie fan­tas­mée de Dio­gène jetant son écuelle (1648), des faux troncs de palmi­er ou encore des arbres japon­ais styl­isés sur des châs­sis, sans compter toute une flo­re d’algues et coquil­lages en plâtre ou un grand soleil façon baroque. Cette nature de car­ton-pâte est explicite­ment mon­trée comme étant un signe plutôt qu’une imi­ta­tion : les arbres lais­sent appa­raître les angles du tableau dont ils sont extraits, les élé­ments de ver­dure sont éclairés avec un fil­tre vert. Le scéno­graphe évide ces décors chargés par des retraits où les découpages font appa­raître les paysages en con­tre-forme avec des super­po­si­tions cocass­es dans la per­spec­tive, ou procède par surenchère lorsque des nuages évo­quant ceux de Gia­co­mo Torel­li sont pro­jetés sur des nuages en bois sus­pendus, quand ce n’est pas l’esquisse et le plan qui sont imprimés en lieu et place de l’objet. À l’artifice de cette nature mécan­iste5 se joint le cliché de sa lux­u­ri­ance, qu’elle fasse signe vers un Éden bucol­ique ou vers l’exotique jun­gle des imag­i­naires colo­ni­aux. 

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Théo Arnulf
Théo Arnulf est doctorant à l’Université Paris 8 et créateur lumière pour le spectacle vivant.Plus d'info
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