Les paramètres économiques des productions et représentations d’opéra en France au cours du dernier demi-siècle

Opéra
Réflexion

Les paramètres économiques des productions et représentations d’opéra en France au cours du dernier demi-siècle

Le 19 Sep 2021

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Couverture du numéro 144-145 - Opéra et écologie(s)
144 – 145

L’opéra « spec­ta­cle vivant » est un art d’assemblage. Assem­blage d’artistes, de per­son­nels tech­niques et admin­is­trat­ifs, dont les tal­ents et les nom­bres vari­ent selon les œuvres et selon les maisons d’opéra : chanteurs-solistes, cho­ristes sou­vent, danseurs par­fois, musi­ciens tou­jours qui for­ment les orchestres con­sti­tués, per­son­nels de plateaux, de la machiner­ie à l’éclairage et au son, met­teurs en scène, déco­ra­teurs, cos­tu­miers, acces­soiristes et d’autres. Aux chiffres, aux ressources et aux coûts résul­tant de chaque assem­blage cor­re­spon­dent en par­tie les paramètres économiques de l’opéra spec­ta­cle vivant, dont on pressent l’hétérogénéité. D’autres paramètres dépen­dent des salles exploitées et des tech­nolo­gies mis­es en œuvre. Avec le con­cours de l’Observatoire des poli­tiques cul­turelles de l’Université de Greno­ble, la Réu­nion des Opéras de France (ROF) établit des syn­thès­es finan­cières1 qui cadrent plusieurs des paramètres de la pro­duc­tion et de la représen­ta­tion d’opéra en France depuis 2006. 

Méthode et chiffres-clés

La qua­si-total­ité des maisons d’opéra français­es ne con­sacrent qu’une par­tie de leurs ressources à la pro­duc­tion et à la représen­ta­tion d’opéras. L’histoire l’explique par­fois, comme depuis tou­jours la présence du Bal­let à l’Opéra de Paris. D’autres activ­ités artis­tiques2 trou­vent aus­si leur rai­son d’être dans leur attrac­tiv­ité et leurs équili­bres coûts/ressources. En 2015, les maisons d’opéras de la ROF totalisent 2568 représen­ta­tions dont 36 % sont des représen­ta­tions lyriques. 

Tableau 1. Poids com­parés des représen­ta­tions lyriques, choré­graphiques, musi­cales et tournées vers les jeunes publics en 2015, dans l’ensemble des maisons d’opéra réper­toriées par la ROF, et dans le seul Opéra de Paris3

Représen­ta­tions
lyriques
Représen­ta­tions
choré­graphiques
Spec­ta­cles
musi­caux
Divers
(jeunes publics)
25 maisons d’opéra,
y com­pris l’Opéra de Paris
36%21%30%13%
Opéra de Paris seul40,5%38%8,8%12,6%

C’est à par­tir des paramètres clés des maisons d’opéra que l’on peut ten­ter d’isoler la part qui revient aux représen­ta­tions lyriques, effort déli­cat voire frus­trant, car les maisons d’opéra utilisent rarement des out­ils de compt­abil­ité ana­ly­tique. Ils se décom­posent sans sur­prise en trois blocs : finance­ments, coûts et dif­fu­sion. Que ce soit au niveau nation­al ou à celui de chaque mai­son, cha­cun de ces paramètres ne prend sa pleine sig­ni­fi­ca­tion qu’au regard des deux autres. 

Pre­mier bloc, le mon­tant des finance­ments apportés pen­dant une péri­ode don­née. Il addition­ne finance­ments con­tribu­tifs –pour env­i­ron 80 % du total (sub­ven­tions publiques et fonds issus du mécé­nat, dans des pro­por­tions très vari­ables)– et ressources tirées des activ­ités pour 20 % (bil­let­terie en tête). En France, toutes maisons con­fon­dues, le bloc des finance­ments en 2017 est légère­ment supérieur au demi-mil­liard d’euros. Entre 2006 et 2017, il aug­mente glob­ale­ment de 9 %, soit d’approximativement 8 % par an. 

Sec­ond bloc, celui des coûts. Son mon­tant, tou­jours au niveau nation­al, et sa crois­sance pen­dant la même péri­ode sont du même ordre. Les coûts de per­son­nel en représen­tent env­i­ron 70 %. Les autres 30 % finan­cent coûts de fonc­tion­nement et coûts vari­ables de pro­duc­tion artis­tique (cachets d’artistes tem­po­raire­ment liés à une ou plusieurs pro­duc­tions, met­teurs en scène et déco­ra­teurs, chefs d’orchestres, chanteurs, tech­ni­ciens inter­mit­tents du spec­ta­cle, pro­duc­tion pour tout ou par­tie de décors, de cos­tumes et d’accessoires). C’est sur ces 30 % que porteraient les mesures écore­spon­s­ables les plus évi­dentes (choix des matéri­aux et réem­plois, voy­ages des artistes). Pour les plus dotées des maisons d’opéra français­es, les mon­tants de coûts fix­es affec­tés à la rémunéra­tion d’artistes et de per­son­nel tech­nique béné­fi­ciant de con­trats à durée indéter­minée con­stituent à eux seuls des paramètres déter­mi­nants. En dépend sou­vent l’existence – ou non – de for­ma­tions artis­tiques per­ma­nentes, orchestres pro­pres ou mis à dis­po­si­tion, chœurs, corps de bal­let par­fois. 

Dans les maisons dotées de for­ma­tions artis­tiques per­ma­nentes, la capac­ité de les mobilis­er pour la pro­duc­tion et la représen­ta­tion d’opéras résulte bien sûr de la part attribuée aux maisons d’opéra par­mi l’ensemble de leurs activ­ités artis­tiques, mais aus­si des oblig­a­tions de ser­vice des artistes per­ma­nents, musi­ciens et danseurs, dont leurs bud­gets leur per­me­t­tent de dis­pos­er. C’est une prob­lé­ma­tique exigeante. Mobilis­er les for­ma­tions artis­tiques au-delà de leurs oblig­a­tions de ser­vice expose les maisons d’opéra à des sur­coûts, et en deçà à un risque de sous-util­i­sa­tion. 

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Philippe Agid
Ancien administrateur civil, Philippe Agid a été directeur adjoint de l’Opéra de Paris.Plus d'info
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