Un Godot pétri d’humanité

Théâtre
Critique

Un Godot pétri d’humanité

EN ATTENDANT GoDoT de Samuel Beckett, mise en scène de Jean-Pierre Vincent

Le 16 Oct 2015
Charlie Nelson, Frédéric Leidgens, Abbès zahmani et Alain Rimoux dans EN ATTENDANT GoDoT, mise en scène Jean-Pierre Vincent, Théâtre du Gymnase, Marseille, avril 2015. Photo Raphael Arnaud.
Charlie Nelson, Frédéric Leidgens, Abbès zahmani et Alain Rimoux dans EN ATTENDANT GoDoT, mise en scène Jean-Pierre Vincent, Théâtre du Gymnase, Marseille, avril 2015. Photo Raphael Arnaud.

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Charlie Nelson, Frédéric Leidgens, Abbès zahmani et Alain Rimoux dans EN ATTENDANT GoDoT, mise en scène Jean-Pierre Vincent, Théâtre du Gymnase, Marseille, avril 2015. Photo Raphael Arnaud.
Charlie Nelson, Frédéric Leidgens, Abbès zahmani et Alain Rimoux dans EN ATTENDANT GoDoT, mise en scène Jean-Pierre Vincent, Théâtre du Gymnase, Marseille, avril 2015. Photo Raphael Arnaud.
Article publié pour le numéro
126 – 127

QUELS ZOZOS que ces deux là. Entre eux, ils se surnom­ment Didi et Gogo. Au milieu de nulle part, ils atten­dent un cer­tain Godot. Ils se chamail­lent, s’exaspèrent, s’étreignent en se don­nant des grandes bour­rades dans le dos, essayent de se quit­ter, n’y arrivent pas, se détes­tent, tombent dans les bras l’un de l’autre, boudent, s’entrai- dent, se bal­an­cent des vacheries, s’appellent par leurs petits noms. Et ils se re-chamail­lent, se font la tête, se lan­cent des piques… et se font une scène à l’idée que l’un a cessé de penser à l’autre, même un court instant. « ça fait com­bi­en de temps que nous sommes tout le temps ensem­ble ? », demande Estragon. « Je ne sais pas. Cinquante ans peut-être », lui répond Vladimir.

Godot ne vien­dra pas. À la place, Gogo et Didi auront la vis­ite de Poz­zo et Lucky. Le maître et l’esclave. Ces deux-là ne se chamail­lent pas. Pour se chamailler, il faut recon­naître l’autre comme un égal. Ils ne s’appellent pas par de petits noms. Poz­zo appelle Lucky « porc », et Lucky n’appelle pas Poz­zo, ce ne serait même pas envis­age­able.

Voilà comme on les redé­cou­vre, les deux increvables clo­dos de Samuel Beck­ett, tels que Jean-Pierre Vin­cent les met en scène, dans cet EN ATTENDANT GODOT qu’il a créé à Mar­seille, au Théâtre du Gym­nase, le 14 avril 2015, et qui depuis tourne – et va con­tin­uer à tourn­er – un peu partout en France. Car c’est bien une totale redé­cou­verte que le met­teur en scène offre de la pièce, avec ses for­mi­da­bles acteurs : Char­lie Nel­son (Vladimir), Abbes zah­mani (Estragon), Alain Rimoux (Poz­zo), Frédéric Lei­d­gens (Lucky) et Gaël Kamilin­di (le garçon).

Le « théâtre de l’absurde » dans lequel a longtemps été cat­a­logué Samuel Beck­ett en prend un sacré coup, au point même que l’on se demande com­ment on a pu enfer­mer le texte de Beck­ett dans un tel con­cept, où d’ailleurs l’écrivain ne s’est jamais recon­nu. Mais c’était une autre époque, et GoDoT a été un tel trem­ble­ment de terre, une telle rup­ture avec le théâtre d’avant-guerre, qu’il fal­lait bien de grandes idées générales pour l’apprivoiser.

Il n’y a pas d’absurdité dans le GoDoT de Jean-Pierre Vin­cent – si ce n’est celle, fon­cière, de la con­di­tion humaine, qui est au cœur de la pièce. Il y a au con­traire beau­coup de sens dans ce que Beck­ett écrit, tel qu’on l’entend de manière neuve ici. Même si c’est un sens qui ne veut pas dire son nom, dont Beck­ett se méfie, avec lequel il joue et qu’il déjoue autant qu’il le peut, car il écrit après la guerre, après l’extermination, après cet événe­ment qui a fait per­dre son sens à l’expérience humaine.

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Fabienne Darge
Après des études d’histoire, de lettres et d’histoire de l’art et son diplôme du Centre...Plus d'info
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