Les voyages du comédien*

Théâtre
Portrait

Les voyages du comédien*

Le 5 Mai 2013

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Couverture du numéro 117-118 - Utopies contemporaines
117 – 118

AU TABLEAU des écorchés de Georges Banu, les acteurs sont scan­nés au fil des ans et des voy­ages1, des leurs et de ceux de leur auteur qui n’a eu de cesse de les observ­er et de les aimer, sou­vent, de les envi­er, par­fois. Tchekhovien,il les aus­culte à la manière d’un médecin du théâtre. Tri­t­ure, dis­sèque l’âme et le corps de ceux dont il est si proche. Faut-il rap­pel­er ici que Georges Banu est l’un des rares théoriciens des arts de la scène, qui sache manier la plume et les con­cepts en nour­ris­sant sa pen­sée de lit­téra­ture, d’une immense expéri­ence de spec­ta­teur, et d’une con­nais­sance intime des plus grands prati­ciens inter­na­tionaux ? Son livre se présente comme une car­togra­phie des comé­di­ens de tous pays dont il a eu l’heur de crois­er les chemins artis­tiques et per­son­nels. Le monde est une scène et ce livre un miroir de ses mille plateaux. On y ren­con­tre les plus grands inter­prètes de notre temps, entre autres André Wilms, Valérie Dréville, Yoshi Oida, Sotigui Kouy­até. On y croise des acteurs occi­den­taux et des acteurs ori­en­taux, des comé­di­ens trav­es­tis, d’autres âgés ou étrangers…

Obser­va­teur insa­tiable, Georges Banu décor­tique l’homme qui joue avec minu­tie en mul­ti­pli­ant les points de vue. Tan­tôt zoome sur des détails, tan­tôt prend de la hau­teur : tan­tôt se con­cen­tre sur des spé­ci­ficités pro­pres à chaque indi­vidu, tan­tôt analyse les influ­ences cul­turelles à l’échelle d’un con­ti­nent, d’un pays, d’une région… Il scrute par le menu ce qui con­tribue à fab­ri­quer les joueurs d’est en ouest : décèle le mod­èle ori­en­tal reposant sur la dimen­sion sacrée, la con­sti­tu­tion d’un vocab­u­laire de signes, l’élaboration d’un sys­tème qui vise la beauté par la pleine pos­ses­sion des moyens tech­niques2 … recon­naît l’existence d’une idée européenne du théâtre, en analysant notam­ment l’impact des pro­grammes d’enseignement et du sys­tème stanislavskien sur l’acteur européen3. Si « l’acteur ori­en­tal adopte une éthique
de la per­fec­tion »4, explique George Banu, l’acteur occi­den­tal pro­pose quant à lui une par­ti­tion avec des défauts, « avec son impli­ca­tion biographique, avec ce qu’il peut avoir de brouil­lon et en même temps d’immédiatement per­son­nel »5.

Quelle est la sub­stan­tifique moelle des acteurs dont il fait l’esquisse ? De com­bi­en de livres de chair sont-ils faits ? Quelle est la part d’esprit que les grands maîtres leur ont appris, ou encore, com­ment la langue, le vari­ant lin­guis­tique, par­ticipe de leur iden­tité ?

Dans cet ouvrage, Georges Banu ne pro­pose pas une théorie glob­ale et sys­té­ma­tique sur les actants. Il a fait le choix de s’intéresser de plus près à ceux qu’il qual­i­fie d’acteurs « insoumis ».

L’acteur qui se réclame de l’insoumission – indi­vidu­elle ou duelle – décou­vre sur le plateau sa « part mau­dite » ou, pour citer Euge­nio Bar­ba, sa « part d’exil », et la salle éblouie en éprou­ve l’impact.6

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Sylvie Martin-Lahmani
Professeure associée à la Sorbonne Nouvelle, Sylvie Martin-Lahmani s’intéresse à toutes les formes scéniques contemporaines....Plus d'info
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#117-118
juillet 2013

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Par Liviu Malita
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