« De la sortie du Tinel à l’effet tunnel de la Boulangerie », Prolégomènes à une archéologie du théâtre de Jean-François Peyret

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« De la sortie du Tinel à l’effet tunnel de la Boulangerie », Prolégomènes à une archéologie du théâtre de Jean-François Peyret

Le 13 Déc 2009
Jacques Bonnaffé et Lucie Valon dans DES CHIMÈRES EN AUTOMNE OU L'IMPROMPTU DE CHAILOT de Jean-François Peyret et Alain Prochiantz, mise en scène Jean-François Peyret, Théâtre National de Chaillot, Paris, 2003. Photo Brigitte Enguerand.
Jacques Bonnaffé et Lucie Valon dans DES CHIMÈRES EN AUTOMNE OU L'IMPROMPTU DE CHAILOT de Jean-François Peyret et Alain Prochiantz, mise en scène Jean-François Peyret, Théâtre National de Chaillot, Paris, 2003. Photo Brigitte Enguerand.

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Jacques Bonnaffé et Lucie Valon dans DES CHIMÈRES EN AUTOMNE OU L'IMPROMPTU DE CHAILOT de Jean-François Peyret et Alain Prochiantz, mise en scène Jean-François Peyret, Théâtre National de Chaillot, Paris, 2003. Photo Brigitte Enguerand.
Jacques Bonnaffé et Lucie Valon dans DES CHIMÈRES EN AUTOMNE OU L'IMPROMPTU DE CHAILOT de Jean-François Peyret et Alain Prochiantz, mise en scène Jean-François Peyret, Théâtre National de Chaillot, Paris, 2003. Photo Brigitte Enguerand.
Article publié pour le numéro
Couverture du numéro 102-103 - Côté Sciences
102 – 103

« Met­tez les mots à leur place : c’est le cimetière de la Parole. Ce qui est con­sacré dans une langue en con­stitue la mort : un mot prévu est un mot défunt…» 1.

ÉVOQUANT la « cre­ative method » et la « Gedanken­fab­rik » de Jean-François Peyret, para­doxale­ment c’est une pho­to de John Cage de 1965 qui me vient à l’esprit alors qu’il présente VARIATIONS V, avec Mer­ce Cunnning­ham. On y voit, alors que la per­for­mance audio­vi­suelle est pro­posée au pub­lic, Cage, Tudor, Mum­ma der­rière une table de mix­age et de mon­tage. En arrière plan des câbles élec­triques, des con­soles et d’un matériel de lab­o­ra­toire, sur des écrans, des visuels sont dis­per­sés dans l’espace alors que Bar­bara Lloyd danse. Le dis­posi­tif est à vue. La scène est ici un espace de recherche où l’on s’inquiète du rap­port de l’Art et de la tech­nique. Et cette scène, ce plan pour­rait tout aus­si bien cor­re­spon­dre à une séquence de Tur­ing-Machine laque­lle mar­que chez Jean-François Peyret, qui a ren­con­tré Alain Prochi­antz, le tra­vail qu’il va entre­pren­dre sur le Traité des formes, après qu’il a com­mis celui sur les Couleurs. Tra­vail esthé­tique et poé­tique qui explor­era la rela­tion homme/machine, cerveau et fic­tion, et s’apparente à une bib­lio­thèque des formes. Tra­vail, égale­ment, qui reviendrait sur un théâtre qui se frot­terait à l’état de la sci­ence, à l’incidence de la recherche sci­en­tifique sur nos représen­ta­tions. Tra­vail, enfin, qui s’écarterait d’une tra­di­tion théâ­trale par la nature même de l’objet dont il se saisit. Ce « pro­gramme » con­duira Jean-François Peyret à pro­pos­er plusieurs partitions/variations, mais aus­si à dévelop­per en amont et en aval des représen­ta­tions, des impro­vi­sa­tions, des séances de tra­vail à la table et des ren­con­tres publiques. Ce soir on impro­vise mais c’est cet après-midi procède de ceux-ci. Cycle d’improvisations tenu à l’occasion de la créa­tion du CAS DE SOPHIE K, ces ren­dez-vous peu­vent se regarder comme des chutes de la pen­sée. Des images, des mots, des intu­itions, des paysages, des instants… qui ont nour­ri la créa­tion, la pro­lon­gent et en éten­dent la forme, tra­vail­lant sans cesse à mod­i­fi­er, à trans­former, à révéler la com­plex­ité du regard, du savoir, de la con­nais­sance. Et par là, annuler peut-être l’effet exclusif de la scène – cette mon­ade – afin de faire du théâtre un chantier plas­tique, un ter­ri­toire en archipel ouvert aux mécan­ismes, un espace non plus de con­trôle des sen­ti­ments et de l’empathie, mais un milieu où se promè­nent les pen­sées nomades.

Juil­let 2005, à la Char­treuse Vil­leneuve-lez-Avi­gnon, LE CAS DE SOPHIE K est présen­té au pub­lic, dans la salle du Tinel, toutes les fins d’après-midi à 18h. En « marge », dans la Boulan­gerie 2 se tenait Ce soir on impro­vise, mais c’est cet après-midi. Qua­tre ren­dez-vous ouverts aux curieux, qua­tre lab­o­ra­toires de pen­sées (Ani­mal / pas ani­mal?, Machine / esprit?, Posthu­main / Trop posthu­main?, Fic­tion / sci­ence?). Qua­tre espaces de recherch­es et de ques­tion­nements sur le cerveau, lequel, selon l’un des com­plices de Jean-François Peyret,: « sait ce que je pense, mais je ne sais pas ce que pense mon cerveau » 3.Ces temps-là réu­nis­saient une société savante 4 hétérogène com­posée de chercheurs inter­na­tionaux (neu­ro­bi­ol­o­giste, immu­nol­o­giste, spé­cial­istes en intel­li­gence arti­fi­cielle, math­é­mati­ci­ennes, philosophes et anthro­po­logue, écrivain…), ain­si que les comé­di­ens et comé­di­ennes de VARIATIONS DARWIN 5 soutenus par l’équipe dra­maturgique, et quelques amis.

Eu égard au ter­ri­toire hybride qu’occupe la pra­tique du théâtre de Jean-François Peyret (lit­téra­ture, philoso­phie, sci­ences, arts plas­tiques…), les con­ver­sa­tions de ce « groupe de dis­cus­sions » post-babelien s’apparentaient à ce que dit Wittgen­stein des muta­tions du lan­gage. Il (le lan­gage) ressem­blait à : « une vieille cité : un labyrinthe de ruelles et de petites places, de vieilles maisons et de nou­velles maisons, et de maisons agrandies à de nou­velles épo­ques, et ceci envi­ron­né d’une quan­tité de nou­veaux faubourgs aux rues rec­tilignes bor­dées de maisons uni­formes […]. De nou­veaux lan­gages vien­nent s’ajouter aux anciens, for­mant les faubourgs de la vieille ville « le sym­bol­isme chim­ique, la nota­tion infinitési­male ». On peut y ajouter les lan­gages machines, les matri­ces de théorie des jeux, les nou­velles nota­tions musi­cales, le lan­gage du code géné­tique…» 6

En défini­tive, ce soir on impro­vise mais c’est cet après-midi cor­re­spondait donc à une « plate­forme de dis­cus­sions », « un camp de base », dont les mem­bres par­lants, par la nature même de leurs approches cog­ni­tives et dis­cur­sives, représen­taient l’ultime obsta­cle opposé à une théorie d’un sys­tème sta­ble 7. L’apparition de la com­plex­ité cor­re­spondait alors à une épreuve qui ne pas­sait plus par la décou­verte d’un savoir (lequel vient par nature ajouter au précé­dent), mais par l’écoute du lan­gage qui lui cor­re­spond et qu’il exige. C’est à cet endroit, et c’est sur cette ligne frontal­ière qui sépare une pra­tique sociale du lan­gage de pra­tiques dis­cur­sives sin­gulières que ces ren­con­tres auront pro­duit un jeu. C’est-à-dire un espace d’investigations et d’imaginations, et donc un ter­ri­toire à haut risque comme l’induit toute expéri­ence s’appuyant sur le lan­gage et ses réserves.

Lors de ces train­ing de la pen­sée il est prob­a­ble que la coex­is­tence de ces familles de langue ait pu favoris­er sinon une opéra­tion de dis­sémi­na­tion et de décon­struc­tion des sys­tèmes de con­nais­sance, du moins un chaos et un trou­ble, à une échelle mineure et théâ­trale, nés de la mise en scène de dis­cours con­comi­tants qui fai­saient dia­logues.

À ce titre-là, la Boulan­gerie aura donc été une espèce de zone sen­si­ble où le frot­te­ment de pen­sées induisit le flot­te­ment et le trem­ble­ment des formes dis­cur­sives dom­i­nantes qui véhicu­lent la con­nais­sance, for­gent le savoir et entre­ti­en­nent l’idée d’un arbre de la con­nais­sance. La for­ma­tion con­crète de dia­logues tenus en Boulan­gerie n’obéissant plus à un prêche visant la défense d’un sys­tème immuable, Ce soir on impro­vise mais c’est cet après midi était donc sans doute, peut-être et seule­ment, l’entrée en scène d’une « vérité pau­vre » 8 étrangère aux bavardages.

« Une vérité pau­vre » qui révélait que la ter­ri­ble volon­té de savoir qui ani­me l’être ne pou­vait plus s’inscrire que dans un labyrinthe. Per­cep­tion et per­spec­tive dont la con­science aiguë doit naturelle­ment con­duire celui qui en aura la révéla­tion à éprou­ver le seul tra­vail qui lui reste à faire : celui du deuil.

Ain­si, en Boulan­gerie, à l’endroit de ces ren­con­tres, le « pain quo­ti­di­en » de cette assem­blée procé­dait d’un « meurtre quo­ti­di­en » comme l’a par­o­dié Hein­er Müller. C’est-à-dire l’exécution de toute naïveté vis-à-vis d’un savoir con­sti­tué, la dis­pari­tion de toute gai­eté vis-à-vis d’un sens orig­inel déter­mi­nant l’orientation des tâton­nements humains, l’extinction de toute représen­ta­tion ser­vant de socle et de fonde­ment à une vérité. En lieu et place de ces ren­con­tres apparurent ain­si l’angoisse de la méth­ode, l’esquisse d’une ago­ra où la sagesse prendrait forme dans l’agonie du gai savoir, la ruine de tout uni­ver­sal­isme relayé par les grands réc­its… D’une cer­taine manière, le bégaiement se sub­sti­tua aux flots dis­cur­sifs ; redonnant toute son actu­al­ité à l’histoire du buvard qu’évoque Ben­jamin – « Si le buvard avait voix au chapitre, rien de ce qui est écrit ne résis­terait » 9.

Ren­dues à une forme d’autonomie, les impro­vi­sa­tions, au milieu par­fois de rires qui venaient ponctuer les con­tor­sions cor­porelles et les acro­baties ver­bales des comé­di­ens entrant dans cette danse comme à l’improviste, fai­saient ain­si écho au geste d’une pen­sée libre de tout sys­tème. Sorte de par­tic­ules en sus­pen­sion entrant en réso­nance avec ces langues par­ti­c­ulières, les comé­di­ens : sil­hou­ettes allé­goriques d’intuitions ou d’idées, se déploy­aient en met­tant à l’épreuve des sys­tèmes de pen­sées qui, pour avoir vécu repliés sur eux-mêmes et par­fois étrangers au vivant, étaient au mieux con­trar­iés, au pire noyés.

Or c’est pré­cisé­ment à cet endroit, dans la Boulan­gerie : ce cab­i­net de curiosité, qu’était l’intérêt. Là où « l’intrigue plas­tique est moins mon­nayable, racon­table, sig­nifi­able » 10 comme l’aura écrit Jean François Lyotard. Là, dans ce mou­ve­ment de dépliement du replié, dans cette pra­tique, presque chirur­gi­cale, de l’entaille et de la taille (au sens du buto der­ri­di­en du « détail­lé »), du déboîte­ment et du déboîté qui lais­sent poindre le boi­teux que for­ment les sys­tèmes qu’apparut un inter­valle. C’est-à-dire un espace, un inter­stice (« une scène » entend-on de manière récur­rente à tra­vers les créa­tions de Jean-François Peyret) où se théâ­tral­i­sait un état pre­mier du sujet que l’histoire de la pen­sée était par­v­enue à mas­quer et que le jeu dévoilait.

Car tout au long de ces ren­con­tres, à l’ombre du soleil, dans les murs de la Boulan­gerie comme à l’abri d’une « red­oute », les impro­vi­sa­tions étaient le ter­ri­toire d’expériences où la mémoire était mise à l’épreuve et le savoir à l’essai. Des con­nais­sances et des pra­tiques dis­cur­sives qui fondaient ses représen­ta­tions tra­di­tion­nelles, les mem­bres de cette académie périphérique éprou­vaient le principe d’incertitude qui règle toute entrée dans un espace cog­ni­tif aux lim­ites empirique­ment indéfiniss­ables. De nou­veaux jeux lex­i­caux, d’imprévisibles sonorités, d’autres rythmes embal­lant le fonc­tion­nement réguli­er de la parole et le mou­ve­ment de métronome de la pen­sée avaient pour prin­ci­pale con­séquence de ren­dre la coex­is­tence d’un intel­li­gi­ble réper­torié et d’un sen­si­ble acquis plus com­plex­es, à mesure que l’oreille était ini­tiée à la vital­ité incon­trôlable de la vie de l’esprit.

Et sans qu’il soit pos­si­ble d’oublier ce qui avait été acquis, et pour autant cri­tique con­va­in­cu de la légitim­ité de cette matière nou­velle, l’état pre­mier du sujet se man­i­fes­tait sous sa forme incon­di­tion­nelle et incom­press­ible qui rend l’être sen­si­ble au retour de la mélan­col­ie.

C’est-à-dire le moment où le logos (verbe, pen­sée, rai­son) se sait tenu en échec, mais où il est aus­si mis en demeure d’un tra­vail qui inscrit la mélan­col­ie comme un ressen­ti. Le ressen­ti étant, par sa forme ana­gram­ma­tique qui ne relève peut-être d’aucun hasard, l’esquisse plurielle des « sen­tiers » vers le ressen­ti qui les con­te­nait. À l’aune de la mélan­col­ie, ce qui se dessi­nait à même les impro­vi­sa­tions, c’était un foy­er de traits et de tra­jec­toires qui, par lignes brisées, diag­o­nales imprévis­i­bles et inter­rompues, géométries incer­taines et inachevées… livrait pas­sage, juste à quelques idées. « Juste quelques idées » qui, dans le mou­ve­ment réversible de l’adjectif qu’autorisent la gram­maire et le pari, peu­vent par­fois et éventuelle­ment être des « idées justes ».

Dès lors, devant les impro­vi­sa­tions comme devant un miroir qui réfléchis­sait le tra­vail de la mélan­col­ie, celles-ci ne représen­taient pas le deuil de la pen­sée, mais seule­ment celui du sys­tème qu’elles induisent. À mi-chemin, au seuil et au car­refour d’une aire del­phique à la sur­face plus éten­due que ne peut embrass­er la vue, chaque impro­vi­sa­tion se con­tem­plait comme une péti­tion, et non plus une répéti­tion, qui manque de preuves sur la beauté et la vérité.

Et de voir en cet état pre­mier un équili­bre à l’œuvre. Car si l’Acedia porte en elle les signes du décep­tif, la mélan­col­ie, « babel d’escaliers » écrit Baude­laire, est aus­si le sol men­tal et la clé de voûtes d’une archi­tec­ture de la pen­sée qui apprend à vivre avec ses spec­tres et ses fan­tômes, lesquels incar­nent une ligne médi­ane, dans ce labyrinthe, où l’indécis est la matrice de toute entre­prise, du pre­mier trait de toute œuvre.

Et alors que la mélan­col­ie est cette tristesse inépuis­able, elle s’offre aus­si et simul­tané­ment, dans la représen­ta­tion d’elle-même, comme « le pre­mier trait de […] la médi­ta­tion pro­fonde » 11. Aus­si, alors que la mélan­col­ie procède d’une han­tolo­gie où le savoir et la con­nais­sance ne cessent de revenir à l’esprit pour nous rap­pel­er non quelques vérités dépassées mais une igno­rance indé­pass­able ; la mélan­col­ie sera, comme l’a écrit Jean Bau­drillard, « une sorte de qual­ité, de nuance […] une sorte de qual­ité poé­tique » 12. C’est-à-dire une poïe­sis, un geste de tra­vail où le tra­vail de deuil n’est plus un écueil mais une topogra­phie : un seuil en sur­plomb duquel ce qui était remis en jeu, c’était le jeu même : ses règles, sa final­ité, son car­ac­tère diver­tis­sant. Et ce quel que soit l’endroit et la matière du jeu, ou ici, notam­ment, le théâtre et le dis­cours.

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Yannick Butel
Yannick Butel est professeur des universités en études théâtrales et arts de la scène (Université...Plus d'info
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